lundi 12 octobre 2015

Transcription de l'épisode #231: A propos des arguments de Catherine Vidal (2. L’intelligence)

Ceci est la transcription de l'épisode #231: A propos des arguments de Catherine Vidal (2. L’intelligence) du balado Scepticisme scientifique. Un tout grand merci à Jérôme pour avoir réalisé cette transcription.


Salut, c’est Nicolas Gauvrit pour Scepticisme scientifique, le balado de la Science et de la Raison.

Aujourd’hui, 2ème épisode de la série sur les différences possibles entre hommes et femmes, différences cérébrales et cognitives, psychologiques  et plus spécifiquement les arguments avancés par Catherine Vidal. On ne va parler que de ça, on n’élargira pas le débat au-delà des 7 arguments avancés par Catherine Vidal.

Alors là c’est la suite de l’épisode précédent concernant les arguments, et on avait commencé à discuter du 1er argument de Catherine Vidal qui était : « Du temps de Paul Broca, il y a un peu plus d’un siècle, on avait cru plein de choses qui étaient en fait des idées reçues. On avait cru que le cerveau des hommes était plus gros que celui des femmes, qu’il y avait un lien entre la taille du cerveau et l’intelligence et que par conséquent les femmes étaient moins intelligentes que les hommes ». Et Catherine Vidal nous dit : « Tout ça, ce sont des idées », je caricature un petit peu, vous vous souvenez du discours plus exact de Catherine Vidal.

Alors on a vu que si on regarde la recherche scientifique, eh bien on a un tableau un peu différent de ça, c'est-à-dire que ce ne sont pas toujours des idées reçues, en tout cas pour les deux premiers points. Donc on avait vu que le 1er point concernant la taille ou le poids des cerveaux moyens masculins et féminins il n’y avait absolument aucun doute, il y avait un consensus parfait parmi les scientifiques sur le fait que la taille du cerveau masculin est à peu près 10% supérieure à la taille moyenne du cerveau féminin. On avait vu aussi que, contrairement à ce que dit très explicitement Catherine Vidal, il y a bien un lien entre la taille du cerveau et l’intelligence, et ça c’est bien établi aussi, il y a des méta analyses qu’on peut voir, j’avais donné des références et on va encore en voir aujourd’hui. Et on avait aussi précisé quelque chose, c’est que de ces deux résultats scientifiques on ne peut pas déduire qu’il y aurait nécessairement un décalage dans l’intelligence entre hommes et femmes. Il peut y avoir un lien avec la taille du cerveau (plus élevée chez les hommes) sans que pour autant il y ait une différence d’intelligence entre hommes et femmes, et donc cette question-là il faut l’aborder séparément, de manière directe, empirique, et c’est de ça qu’on va parler aujourd’hui.
Alors avant de rentrer dans les détails (vous allez voir qu’il y a beaucoup de débats là-dessus), il faut faire un petit détour par la mesure de l’intelligence, parce que sinon on ne comprendra pas ce qu’il se passe après. Donc on va parler de la mesure de l’intelligence en psychologie, d’où ça vient, qu’est-ce que justifie qu’on parle même d’intelligence puisqu’il y a beaucoup de gens qui disent : « Tout ça n’est pas scientifique, en réalité l’intelligence ça n’existe pas ou si ça existe ça n’a rien à voir avec ce que mesurent les psychologues ». Alors comment sont-il arrivés à ces mesures d’intelligence ? Et puis on va voir aussi la différence énorme qu’il peut y avoir entre la théorie et la pratique. La théorie c’est toujours magnifique, comme je lisais récemment sur les réseaux sociaux, quelqu’un écrivait : « Si j’avais le choix je voudrais vivre en théorie, parce qu’en théorie tout ce passe bien », et nous allons voir qu’en pratique c’est un peu plus compliqué. Petit détour par l’intelligence, et pour cela on va commencer par présenter une analogie.

Une analogie, un peu de fiction ou une expérience de pensée, appelez ça comme vous voulez. Imaginez que vous êtes chercheur en psychologie et que vous voulez savoir (peut-être avez-vous des collègues qui ne sont pas d’accord avec vous) si on peut parler de compétences en lecture. Est-ce que ça existe des gens qui sont bons en lecture et d’autre qui ne le sont pas ? On imagine des enfants de 10 ans en école primaire, est-ce que c’est vrai ? Il y a des gens qui ont cette impression-là, on peut avoir l’impression que des gens sont bons en lecture et d’autres pas. Et si vous dites ça à vos collègues sceptiques ils vous répondent : « Beh non, ça n’a aucun sens de parler de compétences en lecture parce qu’en fait d’abord il faut séparer la compréhension en lecture, la lecture à voix haute, la lecture dans sa tête… Tout ça c’est très différent et donc on ne peut pas parler de compétences en lecture ». Mais vous, vous pensez que quand même on peut parler de compétences en lecture. Qu’est-ce qui va permettre de vous départager ? Eh bien ce genre de question a été abordé plusieurs fois et notamment pour l’intelligence en psychologie, et voilà comment on y a répondu, et vous allez voir que ce n’est pas complètement idiot. Si votre idée est qu’on peut définir une compétence en lecture, vous répondez à ceux qui disent : « Non ce n’est pas possible parce que la compétence en lecture ça peut être plein de choses différentes : compréhension, lecture de mots compliqués, lecture de mots simples…». Qu’est-ce que vous pouvez faire ? Vous pouvez prendre un grand échantillon d’enfants de 10 ans et leur faire passer toutes sortes de textes de lecture, et effectivement vous allez avoir des différences. Prenons un exemple tout simple : les mots que vous connaissez bien vous les lisez plus facilement que les mots que vous connaissez peu. Donc si vous avez plus de vocabulaire, si vous avez déjà plus lu avant vous allez avoir un avantage par rapport à quelqu’un d’autre sur les mots rares parce que vous les connaissez et allez les lire plus facilement que ceux qui ne les connaissent pas. Mais cet avantage-là vous ne l’aurez peut-être pas pour les mots courants que vous deux connaissez. Donc il se pourrait que les différentes mesures qu’on obtient selon qu’on utilise des textes avec des mots rares ou pas, selon qu’on mesure la compréhension en lecture ou le déchiffrage, il se pourrait que tout ça donne des résultats finalement disparates, qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, auquel cas on devrait avoir des enfants qui ont de très bonnes notes dans un des tests et de très mauvais scores dans l’autre et d’autres enfants qui ont le profil inverse. Eh bien si vous faites ça vous vous apercevrez que ce n’est pas ce qu’on obtient. Ce qu’on obtient c’est que, certes, il y aura des enfants qui par exemple pourront très bien lire à haute voix mais pas dans leur tête, et d’autres pour lesquels ce sera presque l’inverse par exemple, mais globalement, statistiquement, sur la population ceux qui ont de bons scores à l’un de vos tests auront aussi de bons scores à tous les autres tests. Et c’est ça, ce lien, cette corrélation positive entre toutes les manières de mesurer la lecture qui justifie qu’on parle de compétences en lecture de manière générale ; et c’est ça la base, le principe qui a permis de définir l’intelligence et dont je vais vous parler un tout petit peu maintenant.

Le principe est véritablement le même, donc je pense que si vous avez compris, et admis ce qu’il se passe pour la lecture : le simple fait que tous les tests donnent des résultats pas parfaitement équivalents mais liés, ça justifie la définition de la compétence en lecture. Alors pour l’intelligence c’est pareil, sauf que c’est pareil avec des tests beaucoup plus généraux. Il y a de cela plus d’un siècle, on a remarqué que c’était le cas pour beaucoup de tests qui a priori étaient tous très différents les uns des autres. Vous avez des tests de raisonnement logique, des tests de vocabulaire où on demande aux gens de définir des mots, on vous dit : « Qu’est-ce que ça veut dire océan ? » ou : « Une île, qu’est-ce que c’est ? », des tests qui ressemblent à des puzzles, vous avez des pièces à emboîter pour faire des formes, des jeux de Tangram par exemple, des choses comme ça. Vous avez des tests de mémoire, on vous donne des suites de mots, de lettres, de chiffres ou de couleurs que vous devez répéter ; toutes sortes de tests qui sont plus ou moins liés intuitivement à ce qu’on pourrait appeler l’intelligence. On s’est aperçu que tous ces tests donnaient des résultats fortement corrélés, c'est-à-dire qu’en général (ce n’est évidemment pas le cas de tout le monde, il y a des différence indubitables) les personnes qui ont de bons résultats à l’un de ces tests ont de bons résultats aux autres, et ceux qui ont des résultats particulièrement faibles à l’un des tests ont également des résultats particulièrement faibles à toutes les autres épreuves. Et ça c’est exactement le même principe que pour la lecture, ça permet de parler d’un facteur général qui pourrait correspondre à ce qu’on appelle habituellement intelligence mais qui est souvent appelé le facteur g (comme général). Pour dire simplement : « Il y a quelque chose qui pourrait ressembler à : les compétences cognitives en général, voilà, on va l’appeler g, ou intelligence parfois, peu importe. C’est comme ça qu’a été définie l’intelligence.

Maintenant passons à la pratique, parce que ça c’est la théorie mais ça ne nous dit pas comment on fait pour mesurer les compétences en lecture ou l’intelligence. Je reprend mon analogie de la lecture, on a constaté que plein d’épreuves de lecture donnaient à peu près les mêmes résultats, ou plutôt des résultats corrélés, néanmoins il y a quand même des différences, on ne mesure pas tout à fait la même chose, ce n’est pas parce que c’est corrélé que c’est parfaitement équivalent. Alors comment on peut faire si notre objectif est de mesurer les compétences en lecture en général ? Si on fait lire à un enfant, par exemple, que des mots courants, on va avoir un indice sur les compétences en lecture mais peut-être que ce sera trompeur, alors il faut faire autrement. Si on utilise n’importe quelle autre épreuve on va avoir le même problème. Comment peut-on faire ? Il y a 2 méthodes, la méthode compliquée et la méthode simple. La méthode compliquée c’est celle qu’on devrait utiliser en théorie, elle consiste à faire la liste de toutes les épreuves qu’on pourrait imaginer qui pourrait donner un indice des compétences en lecture et d’extraire par des méthodes statistiques, des méthodes factorielles, les bons coefficients à utiliser pour faire un test. Par exemple : vous avez un test de mots courants, de mots rares et un test de compréhension en lecture, vous faites passer les 3 tests et vous vous dites la compétence en lecture, on va pouvoir la mesurer par la moyenne de ces 3 valeurs, mais la moyenne on va la pondérer, et pas n’importe comment, en fonction de ce nous disent les statistiques. Ce sont des méthodes d’analyse (en composante principale on dit parfois) qui permettent d’extraire les bons coefficients. Alors évidemment c’est un petit peu compliqué parce qu’à la fin on a des coefficients un peu bizarres à attribuer à chaque exercice, donc dans la pratique ce n’est pas ce que l’on fait. Dans la pratique on invente un test, par exemple les 3 épreuves précédentes, et on fait tout simplement la moyenne. Alors ce qu’on obtient est relativement bien corrélé, si c’est bien fait on a un très bon indice, une bonne mesure de la compétence en lecture, mais ce n’est pas la meilleure possible, parce que la meilleure possible ça aurait été avec des coefficients dont on a dit qu’ils pouvaient être déterminants.

Et voilà, il s’est passé exactement la même chose pour l’intelligence ou le facteur g, c'est-à-dire qu’on a une liste interminable d’épreuves qu’on pourrait faire passer et dont on pense qu’elles sont liées à l’intelligence et on pourrait extraire les bons coefficients à mettre pour les différentes épreuves pour avoir un bon score de facteur g. Dans la pratique ce n’est pas ce que l’on fait, le test d’intelligence le plus utilisé pour les adultes, la WAIS de Wechsler, ce test a été fait de manière plus pragmatique, c'est-à-dire qu’on a choisi un certain nombre d’épreuves en essayant de les diversifier (verbales, visuelles, réflexion, mémoire, vitesse…) et on fait simplement une moyenne sans pondérer en fonction des résultats statistiques. Ça donne quand même une très bonne estimation de l’intelligence. Quand je vais parler par la suite de QI, je vais parler de résultats de tests du genre de la WAIS de Wechsler qui donne donc de bons résultats. Ça c’est validé, j’avais déjà fait un épisode sur le balado là-dessus donc je ne vais pas y revenir, c’est un énorme thème, mais enfin c’est bien validé scientifiquement, le teste de la WAIS de Wechsler est vraiment solide et ça mesure bien quelque chose, et quelque chose qui est lié à ce qu’on pourrait appeler l’intelligence, ou du moins l’intelligence logico mathématique abstraite, si on veut préciser un petit peu, c’est une forme d’intelligence parmi d’autres. Mais donc les meilleures méthodes possibles pour coller à la définition du facteur g seraient de faire un petit peu autrement, de faire passer plusieurs épreuves en extrayant les facteurs principaux grâce aux méthodes factorielles.

Voilà, donc pour fixer les idées et résumer ce qu’on vient de voir, on peut dire que l’intelligence (une forme d’intelligence, en tout cas celle définie par les psychologues avec le QI ou le facteur g) est bien définie et on a des outils pratiques pour l’estimer. Ces outils pratiques (essentiellement la WAIS pour les adultes) ne sont pas parfaits, on sait qu’ils sont très bons, ils donnent globalement une bonne estimation, mais il y a quand même des variations, il y a des choix qui ont été faits et ça ne correspond pas exactement à la définition du facteur g. Donc c’est un indice d’intelligence, mais pas comme une mesure directe du facteur g, ce qu’on voudrait obtenir. J’insiste un peu là-dessus parce que dans la suite vous allez voir quand on va se poser des questions sur d’éventuelles différences moyennes entre hommes et femmes que évidemment selon ce qu’on choisit (facteur g, WAIS ou autre car il y en a d’autres même si la WAIS est la plus utilisée) on ne va pas nécessairement trouver la même chose.

Alors maintenant on va arriver enfin au cœur du sujet qui est de savoir s’il y a eu des études (et oui il y en a eu beaucoup) pour savoir s’il y avait des différences ou non entre les hommes et les femmes. Une petite parenthèse en aparté ici, peut-être que vous ressentez la même chose que moi, quand j’ai vu par exemple les publications de Rushton qui a énormément écrit là-dessus et qui s’intéresse beaucoup à la différence de taille de cerveau entre hommes et femmes, et ça va même plus loin si vous êtes allé regarder ne serait-ce que les titres des articles de Rushton, vous voyez qu’il s’intéresse aussi aux différences entre les asiatiques et les européens… Ça a un petit air malsain, on ne se sent pas bien, en tout cas moi je sais que personnellement du côté recherche, je n’en ferai jamais là-dedans. Alors peut-être que du coup vous pensez : « Si ces gens qui étudient ce genre de choses sont tellement intéressés par les différences hommes / femmes, par les différences entre les noirs et les blancs (il y a ça aussi chez Rushton), est-ce qu’ils ne sont pas un peu racistes ? Sexistes ?... ». Alors moi je n’en sais rien, je ne connais pas Rushton, mais c’est tout à fait possible. Alors du coup on peut se demander (référence au 1er épisode) : Mais alors si ces gens ont une idée derrière la tête, est-ce que ça ne pourrait pas fausser les résultats ? Alors je vous rassure tout de suite, d’abord comme je vous l’avais dit au 1er épisode la même situation se passe pour plein d’autres sujets comme l’homéopathie ou autre, mais je vous rassure aussi tout de suite, il y a aussi énormément de gens qui travaillent dans ce même domaine, avec l’idée très claire de vouloir démontrer l’inverse, et c’est très sain comme situation. On va voir plus loin que dans la littérature concernant les différence de QI ou de facteur g entre les hommes et les femmes c’est un bazar pas possible, tout le monde s’engueule, se critique et c’est tout à fait sain parce que ça veut dire qu’il y a des chercheurs qui pensent qu’il y a des différences, d’autres qu’il n’y en a pas et quand c’est publié dans les revues scientifiques à comité de lecture dont on va parler (je ne parle que de ces articles-là), eh bien le débat reste tout à fait scientifique et donc c’est très intéressant d’avoir des critiques, chacun cherche à critiquer le travail de l’autre, avec des arguments scientifiques. Donc il ne faut pas s’inquiéter d’éventuels stéréotypes, discriminations, sexismes ou que sais-je des chercheurs, il y en a certainement, mais comme il y en a dans les deux sens et que le débat reste scientifique, je pense que ça ne pose pas de problème, c’est le fonctionnement normal de la science, et il se passe la même chose (encore une fois) sur plein d’autres domaines même si c’est moins choquant pour nos esprits rationalistes et égalitaristes. Je vous invite pour tout complément nécessaire à aller voir la petite bibliographie de 15 articles que j’ai sélectionné pour cet épisode du balado et qui parlent tous d’éventuelles différences ou non (il y a des articles critiques qui disent : « Oui il y a des différences », d’autres qui disent : « Non »), on va voir que ce n’est pas du tout un thème consensuel contrairement à ce qu’il se passait pour la taille du cerveau et pour le lien entre taille du cerveau et intelligence chez les hommes d’une part et chez les femmes d’autre part. Là c’est tout à fait différent, il y a un vrai débat, assez vif, entre des chercheurs qui disent : « Oui il y a une vrai différence d’intelligence entre hommes et femmes » et d’autres qui disent : « Non, c’est n’importe quoi », et soit qui disent qu’en fait il n’y a pas de différences avec des arguments qu’on va voir, soit qui disent qu’il y a une différence mais qu’elle s’explique par des problèmes méthodologiques qu’ils expliquent ou alors par des choses qui n’ont rien à voir avec l’intelligence directement. On va voir que toutes ces critiques sont parfaitement recevables, les arguments des « pros » sont aussi réels jusqu’à preuve du contraire (dans les articles que je cite il n’y a pas de fraude révélée), mais évidemment tout est ensuite dans l’interprétation et les difficultés méthodologiques qui sont tout à fait réelles, c'est-à-dire que grâce au débat scientifique, grâce au fait que les scientifiques ne soient pas d’accord et se bagarrent un petit peu, vont chercher la petite bête, eh bien on a eu beaucoup de problèmes méthodologiques révélés notamment des problèmes d’échantillonnages qui sont assez embêtants, effectivement.

On va commencer par un premier résultat qui lui est consensuel, il n’y a pas beaucoup de résultats consensuels sur ce sujet mais quelques-uns le sont.

Le résultat le plus consensuel qui ne pose absolument aucun problème concerne les scores à la WAIS ou à d’autres tests d’intelligence qui sont bien établis. Alors pourquoi ? Tout simplement parce que ce test (je vais parler de la WAIS mais c’est aussi valable pour d’autres) est un test d’intelligence standardisé, c'est-à-dire qu’ils ne sont pas fait n’importe comment, il y a eu des années d’études pour les mettre au point d’abord, pour le pré tester, pour faire des études pilotes, et une fois que cela est fait il y a une grande phase d’étude à très grande échelle avec plusieurs milliers de participants pour étalonner les épreuves parce que la WAIS vous donne un score, un QI, mais pour savoir où on se place dans la population il faut avoir une idée des valeurs de la population. Donc pour chacun des tests standardisés publiés on a des études à très grande échelle en contrôlant l’âge, le sexe…qui permettent d’avoir une idée très précise des scores moyens chez les hommes et les femmes. Voilà, premier résultat consensuel.

Pour ce qui concerne le QI mesuré par la WAIS, les hommes ont un QI supérieur de 4 pts environ. Ah, c’est embêtant parce que je vous ai dit tout à l’heure que la WAIS était un indice fiable de mesure de l’intelligence même si ce n’était pas le facteur g. Est-ce que ça voudrait dire qu’avec toutes les autres mesures on obtient la même chose ? La réponse est non. En réalité avec le premier test de Wechsler, c'est-à-dire l’ancètre de la WAIS on avait 7 à 8 pts de plus de QI pour les femmes, alors ça c’est assez étrange et on peut se demander à quoi c’est dû. Donc on a ces deux résultats qui sont fiables, c'est-à-dire qu’avec les premiers tests de Wechsler les femmes avaient en moyenne 7 pts de QI en plus et avec les derniers tests de Wechsler (on a essayé d’équilibrer en fait, malheureusement on a peut-être trop équilibré) on a 4 pts de QI supplémentaires en moyenne pour les hommes par rapport aux femmes. Ça peut paraître bizarre qu’une mesure relativement fiable donne comme ça des résultats un peu contradictoires. Alors ce qu’il faut voir c’est que dans la WAIS on fait passer toutes sortes d’épreuves et que si on regarde épreuve par épreuve il y a des épreuves pour lesquelles on a pu montrer de manière répétée et indiscutable qu’elles favorisent les hommes et d’autres qui favorisent les femmes. Il suffit de mettre un tout petit peu plus de poids sur un des types d’épreuve et un tout petit peu moins sur un autre pour inverser la donne. Pour préciser un petit peu, les épreuves de rotation mentale, je vous l’avais dit, sont connues pour être l’un des types d’épreuves qui favorisent le plus les hommes et de manière générale tout ce qui est visio spatial, tout ce qui nécessite la vision en trois dimensions favorise plutôt les hommes ; tout ce qui est mémoire, pas le vocabulaire mais la fluence verbale, c'est-à-dire en fait la capacité à se souvenir des mots (ce n’est pas que les femmes ont plus de vocabulaire mais elles sont plus de facilité à se souvenir des mots en moyenne), du coup tout ce qui est verbal favorise plutôt les femmes par rapport aux hommes. Donc on a certains items qui favorisent les hommes, d’autres les femmes, on fait un mélange des deux et selon les proportions qu’on donne évidemment on obtient des choses assez différentes. Alors évidemment dans ce cas qu’est-ce qu’il faudrait faire ? Au lieu de mesurer l’intelligence avec la WAIS ou autre, tests qui subissent des variations, il faudrait se référer au facteur g, lui-même, mais en réalité le facteur g (je vous ai dit tout à l’heure comment on pourrait faire pour le mesurer de manière sérieuse en utilisant des méthodes statistiques d’analyses factorielles, malheureusement même ça ça ne débouche pas sur quelque chose de concret et d’absolument irréfutable parce qu’il y a toujours ce choix des épreuves qu’on fait au départ, et en fonction du choix des épreuves on va trouver des choses différentes malgré tout. Alors sur le facteur g la littérature scientifique est assez partagée, mais ce qui semble ressortir, il n’y a pas vraiment consensus, mais enfin si il y a un consensus, si on fait une synthèse de ce qui sort c’est que globalement les psychologues considèrent que pour ce qui est du facteur g il n’y a pas de différence ou s’il y a une différence elle n’est pas significative au sens courant, c'est-à-dire qu’elle est peut-être significative au sens statistique mais elle ne fait pas sens. Et donc on considère généralement, parmi les psychologues qui travaillent sur ce sujet, que les différences d’intelligence générale entre hommes et femmes ne sont pas importantes même si elles sont réelles. Maintenant il reste quand même que cette histoire de WAIS fait quand même question parce que malgré tout c’est le test d’intelligence le plus utilisé et avec celui-ci on a un meilleur score moyen chez les hommes, et c’est aussi le cas avec d’autres tests comme les matrices de Raven qui est aussi un test d’intelligence sur lequel on voit des figures, vous avez 8 figures et il faut trouver la 9ème, c’est un peu du raisonnement visuel et là aussi ça favorise un petit peu les hommes. Et puis il y a d’autres épreuves qui ont été testées et qui donnent assez souvent le même résultat, parmi les épreuves les plus utilisées aujourd’hui on a, en général, un meilleur score chez les hommes. Alors comme je vous l’ai signalé ce n’est pas le cas pour toutes les épreuves, et surtout historiquement on avait l’effet inverse avec d’anciennes épreuves, mais avec celles qui sont utilisées maintenant on a ça. Est-ce que ce n’est pas problématique ? Et même si ce n’est pas vraiment l’intelligence au sens du facteur g, est-ce que ça ne peut pas s’expliquer par quelque chose ? Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette différence ? Alors ça c’est la question que se posent certains auteurs, et d’autres se posent la question inverse à savoir, comment ça se fait qu’il n’y a pas tellement de différence alors qu’il y a une différence de taille de cerveau de 10% ce qui n’est pas complètement négligeable. Voilà, c’est de ça qu’on va parler maintenant. On va discuter des arguments et des explications qui ont été proposés par les psychologues pour comprendre pourquoi les hommes auraient à la WAIS un QI de 4 pts supérieur en moyenne. Voilà quelque chose d’assez étonnant et on va voir quelques hypothèses explicatives.
Alors une 1ère hypothèse est que cette différence n’a absolument rien à voir avec l’intelligence mais est due à des variables annexes. Pour donner quelques exemples (il y a plein de variables annexes possibles), les mesures de QI comme la WAIS sont relativement indépendantes des effets contextuels (fatigue, stress, motivation…) mais ça joue quand même, or 4 pts de différence entre hommes et femmes ce n’est pas beaucoup, le QI a un écart type de 15 pts ce qui veut dire qu’à priori entre deux personnes on s’attend à avoir 15 pts de différence, donc 4 pts ce n’est pas énorme, ce n’est pas négligeable mais quand même pas énorme. Si vous passez deux fois le même teste de QI et que vous avez 4 pts de différence ça ne remet pas du tout en cause la mesure parce que 4 pts c’est très en dessous des erreurs, des variations normales dues aux circonstances. Donc comme 4 pts c’est quand même relativement peu ça pourrait s’expliquer par des choses qui n’ont absolument rien à voir avec l’intelligence et par exemple par des stéréotypes. La menace du stéréotype dont on a beaucoup parlé dans les gender studies, la menace du stéréotype en psychologie sociale, c’est le fait que si vous pensez à cause d’un stéréotype que vous allez être mauvais à une épreuve, eh bien effectivement ça dégrade vos performances. Alors il suffit que les filles soient convaincue d’être mauvaises au test d’intelligence, plus que les garçons, pour que lorsqu’elles passent le test elles soient plus anxieuses, plus stressées et que ça dégrade leurs performances. Ça pourrait tout à fait expliquer 4 pts de différence de QI qui est vraiment assez faible. Voilà pour la première explication.
2ème hypothèse, des choses encore plus légères pourraient même expliquer (en partie en tout cas) les différences dans les scores de la WAIS, et par exemple il y a un bel article de 2012 de Arendasy et Sommer publié dans Intelligence qui étudie simplement la manière dont sont présenté les items, les épreuves. Alors là-dedans ils ont refait l’expérience et retrouvé une différence moyenne entre hommes et femmes à partir des matrices de Raven (suites de 8 images et il faut trouver la 9ème). Eh bien selon la manière dont on présente les images, simplement dans le design des images, on a des différences qui n’expliquent pas tout mais qui expliquent une partie, c'est-à-dire que la différence entre hommes et femmes est réduite si on modifie la manière dont sont présentées ces matrices de Raven. C’est ce que montrent les auteurs et il disent : « Peut-être que c’est simplement ça », simplement dans la manière dont sont présentées les choses on favorise les hommes sans le vouloir et ça n’a absolument rien à voir bien évidemment avec l’intelligence, et la nouvelle version dessinée autrement est un test d’intelligence tout aussi valable que la version initiale.
3ème hypothèse assez intéressante et toute aussi recevable également, pour la plupart des études, pas tout à fait toutes les études, parce que les études d’échantillonnages qui sont faites pour mettre en vente des tests comme la WAIS par exemple ne vérifient pas l’erreur qui est dénoncée ici, mais par contre c’est vrai pour la plupart des études. Alors c’est une critique qui combine deux choses. La première, il y a un constat qui a été répété plusieurs fois, bien établi et consensuel qui est que quand on regarde les scores de QI des hommes et des femmes il y a une plus grande variabilité chez les hommes que chez les femmes. Ça veut dire que les scores de QI sont plus étalés chez les hommes que chez les femmes et ça a comme conséquence qu’on a à la fois une surreprésentation des hommes parmi les surdoués quand on regarde les QI supérieurs à 130 ou à 145 mais aussi une surreprésentation des hommes quand on regarde les personnes ayant un QI particulièrement bas, donc les gens souffrant d’un retard mental avec des QI inférieurs à 70 ou à 50, il y a beaucoup plus de garçons que de filles chez les enfants et d’hommes que de femmes chez les adultes. Donc plus grande variabilité des scores de QI chez les hommes que chez les femmes, c’est à priori sans rapport avec la moyenne, on peut avoir une plus grande variabilité et la même moyenne, on peut avoir aussi une plus grande variabilité et une moyenne différente. Et là où ça se complique, c’est que dans la quasi-totalité des études il y a un problème potentiel d’échantillonnage (celles que j’ai lues tombent à peu près toutes sous le coup de cette critique), c'est-à-dire qu’on sélectionne des gens qui sont à l’université ou qui postulent à l’université, ou qui ont un travail (tests sur des militaires), mais le plus souvent c’est dans les universités. Or, disent certains chercheurs, imaginez la situation suivante : que le QI moyen des hommes et de femmes soit exactement de 100, donc aucune différence entre les deux, que la seule différence soit une plus grande variabilité des hommes par rapport aux femmes. Alors qu’est-ce qu’il se passe ? La moyenne est la même parce qu’il y a plus d’hommes avec des QI particulièrement élevés (130 ou 140) mais il y a aussi (du coup ça compense) plus d’hommes avec des QI particulièrement bas (60 ou 70). Si tel est le cas, on est bien d’accord, la variabilité est différente mais la moyenne est absolument identique. Et donc si on fait passer un test avec un échantillon représentatif de la population on ne trouvera aucune différence moyenne entre les deux groupes. Maintenant si vous sélectionnez des gens qui sont à l’université, en caricaturant un petit peu on pourrait dire que pour pouvoir aller à l’université il faut un QI supérieur à 80, on va même caricaturer encore plus et dire qu’il faut un QI supérieur à 100. Vous avez dans les deux cas la moitié de la population, la moitié des hommes et la moitié des femmes se trouvent potentiellement à l’université parce qu’ils ont un QI supérieur à 100. Parmi le groupe masculin, vous avez tous ces hommes qui ont un QI très élevé et qui vont faire monter la moyenne et ça ne sera plus compensé par ceux qui ont un QI particulièrement bas pour la simple raison que vous les avez éliminés parce qu’il ne sont pas à l’université. Donc on peut avoir l’impression que le QI moyen est supérieur simplement parce que c’est la variation qui explique tout et qu’on a sélectionné en coupant à partir d’un seuil. Vous voyez, c’est une question assez compliquée, d’ailleurs la question de savoir pourquoi il y a plus de variabilité chez les hommes que chez les femmes en matière de QI a aussi intrigué pas mal de psychologues, là encore il s’agit de quelque chose d’assez bien établi et là encore certains ont proposé une explication génétique en se basant sur le fait que les hommes ont un seul chromosome X, et que donc si des différences génétiques portées par le chromosome X peuvent expliquer des différences de QI eh bien on peut s’attendre à ce qu’il y ait plus de variation chez les hommes parce qu’ils ont une seule version du gène et donc ce n’est pas moyenné comme ça le serait chez les femmes, avec deux chromosomes X. C’est une hypothèse récente qui a été publiée par Giummo & Johnson en 2012, c’est quelque chose d’intéressant qui à ma connaissance n’a pas été vérifié par ailleurs de manière indépendante, mais voilà, une hypothèse intéressante en tout cas.

Alors pour résumer, vous voyez un petit peu où on en est, il y a un grand débat, il n’y a absolument pas de consensus juste pour la question de savoir si oui ou non les hommes et les femmes diffèrent en matière d’intelligence générale quand on parle du facteur g. Par contre il est bien établi que si on mesure avec la WAIS, le QI moyen est supérieur d’environ 4 pts chez les hommes qui ont été testés, mais c’est peut-être un artéfact dû à un problème d’échantillonnage. Problème d’échantillonnage, problème aussi lié aux facteurs annexes (anxiété, motivation, menace du stéréotype…), tout ça pourrait expliquer les différences observées sur la WAIS, et puis éventuellement pourquoi pas pourrait expliquer les différences inverses observées avec d’autres mesures de l’intelligence. Donc si on doit trancher, en un mot il semble que la science ne sache pas encore déterminer le pourquoi du comment, et c’est sans doute pour ça que le seul consensus qui émerge à peu près parmi les scientifique c’est qu’apparemment il n’y a pas de différence moyenne sur le facteur g entre hommes et femmes, et que s’il y en a on ne sait pas vraiment trop à quoi c’est dû. Est-ce que c’est une erreur due à la manière dont on mesure ? Est-ce que c’est dû à des choses qui n’ont rien à voir avec l’intelligence ? Ou est-ce que c’est vraiment de l’intelligence ? On n’en sait rien. Voilà, c’est la seule conclusion que j’ai pu tirer des nombreuses lectures et des nombreux articles qui portent sur cette question.

Revenons à notre question de départ qui était de savoir que penser de l’argument n°1 de Catherine Vidal qui était en 3 parties. Catherine Vidal disait : « Voici une idée reçue : les hommes ont un cerveau plus gros que les femmes, la taille du cerveau a une influence sur l’intelligence, donc les hommes sont plus intelligents que les femmes ».
Alors on a vu que :
-     Le 1er point (les hommes ont un cerveau plus gros que les femmes) est bien établi, il n’y a aucun doute là-dessus.
-     Le 2ème point (la taille du cerveau et l’intelligence sont liés) est tout à fait vrai, ce n’est pas une idée reçue, c’est quelque chose de bien établi qui a été vérifié maintes fois.
-     Le 3ème point (donc les hommes sont plus intelligents que les femmes) en revanche est faux, doublement faux d’abord parce que d’abord il n’y a pas de « donc », ça ne découle pas des deux remarques précédentes et que d’autre part quand on le teste, les résultats ne sont pas concluants, en tout cas on ne peut pas conclure à ces choses-là. Mais c’est quand même intéressant de voir sur certains tests des différences, il y a aussi des chercheurs qui ont (je ne vais pas en parler plus que ça) détaillé les différences qu’il peut y avoir parce que (comme je vous le disais déjà tout à l’heure) quand on regarde épreuve par épreuve au lieu de regarder l’intelligence en général, on s’aperçoit que certaines épreuves favorisent les hommes et d’autres favorisent plutôt les femmes, en moyenne. Donc finalement les différences dans l’intelligence générale c’est peut-être un leurre, en tout cas c’est le consensus qui semble émerger, il faut plutôt s’intéresser à des différences beaucoup plus spécifiques, sur des tâches très précises pour voir ce qu’il se passe.

Et puis pour finir, bien sûr, tout cela ne répond absolument pas à la question de savoir si ces différences éventuelles, donc différences pas d’intelligence, mais de QI au sens de la WAIS (qui donne un avantage aux hommes) ou de QI au sens de la première version de la WAIS (qui donnait un avantage aux femmes), tout ça ne permet absolument pas de dire évidemment si ces différences sont d’origine culturelle ou pas, puisque la culture, l’environnement a assez peu d’effet sur l’intelligence mais ça a quand même suffisamment d’effet pour expliquer 4 pts en faveur des hommes aujourd’hui ou bien 7 ou 8 pts en faveur des femmes avec l’ancienne version de l’échelle de Wechsler.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. A la prochaine.
Sceptiquement vôtre ! Comme dirait Jean-Michel.
  
Sur l’intelligence, des études contradictoires et un sain débat scientifique
Arendasy, M. E., & Sommer, M. (2012). Gender differences in figural matrices: The moderating role of item design features. Intelligence, 40(6), 584-597. [La manière de présenter les matrices de Raven influence l'écart entre hommes et femmes. Des aspects purement extérieurs peuvent donc perturber notre représentation des différences.]

Blinkhorn, S. (2005). Intelligence: A gender bender. Nature, 438(7064), 31-32. [critique d'une étude précédente: problème d'échantillonnage et utilisation des matrice de Raven]


Colom, R., Juan-Espinosa, M., Abad, F., & Garcı́a, L. F. (2000). Negligible sex differences in general intelligence. Intelligence, 28(1), 57-68. [La structure de l'intelligence est identique chez les hommes et les femmes (mais l'article ne dit rien sur les niveaux de QI)]

Dykiert, D., Gale, C. R., & Deary, I. J. (2009). Are apparent sex differences in mean IQ scores created in part by sample restriction and increased male variance?. Intelligence, 37(1), 42-47. [Les différences observées peuvent très bien s'expliquer par la combinaison d'un problème récurrent d'échantillonnage et d'une plus grande variabilité du QI chez les hommes]



Keith, T. Z., Reynolds, M. R., Roberts, L. G., Winter, A. L., & Austin, C. A. (2011). Sex differences in latent cognitive abilities ages 5 to 17: Evidence from the Differential Ability Scales—Second Edition. Intelligence, 39(5), 389-404. [Les hommes (adolescents) ont un avantage en raisonnement visuel, mais un désavantage en mémoire à court terme et rapidité mentale. Les différences générales sur le facteur g n'ont donc pas vraiment de sens.]




Lynn, R. (1994). Sex differences in intelligence and brain size: A paradox resolved. Personality and individual differences, 17(2), 257-271. [Le QI moyen des hommes mesuré avec un test standardisé actuel est de 4 points supérieurs à celui des femmes]

Mackintosh, N. J. (1998). Reply to Lynn. Journal of Biosocial Science, 30(04), 533-539. [Les hommes ont 4 points de plus au QI mesurée par la WAIS actuel, mais 7 à 9 points de moins avec d'autres tests. Le test utilisé est donc crucial]


Nyborg, H. (2011). The greatest collective scientific fraud of the 20th century: The demolition of differential psychology and eugenics. Mankind Quarterly, Spring Issue. [Le présupposé égalitaire et l'idéologie ralentit la recherche sur la question des différences hommes-femmes, pourtant scientifiquement intéressantes]

samedi 30 mai 2015

Transcription de l'épisode #228: A propos des arguments de Catherine Vidal (1. Taille du cerveau et lien entre taille du cerveau et intelligence)

Ceci est la transcription de l'épisode #228: A propos des arguments de Catherine Vidal (1. Taille du cerveau et lien entre taille du cerveau et intelligence) du balado Scepticisme scientifique. Un tout grand merci à Jérôme pour avoir réalisé cette transcription.

Salut, c’est Nicolas Gauvrit pour Scepticisme scientifique, le balado de la Science et de la Raison.
Nous voilà en 2014 et on va commencer, très fort vous allez voir, avec une série de petits billets sur un thème très polémique.

Nous autres zététiciens, nous autres sceptiques, rationalistes, lorsque nous discutons avec des croyants au paranormal, aux ovnis, à la dangerosité de l’aspartame, nous sommes toujours très étonnés par 2 caractéristiques qu’on rencontre régulièrement avec ces « croyants :
- une attitude hypercritique,
- un rejet de la méthode scientifique.

1er point, l’attitude hypercritique :
Alors je précise un petit peu, voilà ce que ça donne dans la réalité : vous êtes en train de discuter d’homéopathie, d’ovnis, de paranormal, de fantômes, de l’existence de la vie après la mort… avec des gens qui ne sont pas de votre avis, qui ne sont pas rationalistes, qu’est-ce que ça donne ? L’attitude hypercritique, ça consiste à aller chercher la petite bête à un point qui devient délirant. C'est-à-dire que c’est l’art du doute poussé à l’excès. Alors vous avez des gens, par exemple, qui vont vous dire, si je prend l’exemple des ovnis pour faire plaisir à Jean-Michel Abrassart : « Les ovnis sont des soucoupes volantes », et vous leur dites : « Regardez, il y avait 300 cas recensés, les chercheurs ont essayer d’élucider ces cas et pour 295 de ces 300 cas ils ont trouvé une explication tout à fait rationnelle (méprise lune, ballon qui volait, phénomène météorologique…), et il reste 5 cas qui ne sont pas expliqués parce qu’on n’a pas assez de données ». Ensuite on ajoute : « Il y a tout un tas d’études en psychologie qui montrent les limites du témoignage humain et qui expliquent pourquoi on peut observer parfois des témoignages même concordants, même nombreux, qui en fait sont tous faux sur un point capital, ce qui fait que les témoignages d’ovnis, ça reste quand même douteux ». Et vous avez en face de vous des gens qui vous répondent : « Oui, mais il reste quand même ces 5 cas, et puis les témoignages sont parfois corrects, même s’ils ne sont quand même pas fiables à 100%, alors quand il y en a beaucoup il y en a quand même un de correct… ». C’est ça l’attitude hypercritique, chercher la petite bête. On peut toujours chercher la petite bête, on peut toujours trouver quelque chose d’un petit peu douteux dans une étude ; et l’esprit rationaliste, l’esprit sceptique, zététique, ça n’est pas de tout rejeter ou de n’accepter une conclusion que quand on a une preuve absolue, universelle, du résultat qu’on veut démontrer. Parce que ça n’arrive jamais en science, on a des expériences qui sont à chaque fois des arguments, on est un petit peu dans le même genre de raisonnement que la justice, on essaye de « démontrer », mais ça n’est jamais une preuve absolue comme on peut en avoir en mathématique. L’attitude hypercritique, on peut appeler ça du scepticisme, c’est là toute la distinction qu’il fallait faire – on en avait discuté avec mon collègue Jean-François Goubet qui est philosophe de ce terme de scepticisme qui est peut-être mal choisi – c’est peut-être du scepticisme mais ça n’est pas du rationalisme.

Et le 2ème point c’est le rejet de la méthode scientifique :
On l’observe surtout quand on parle d’homéopathie par exemple, ou de la dangerosité de l’aspartame pour prendre 2 exemples assez courants, et voilà ce qu’il se passe quand vous discutez avec un défenseur de l’homéopathie : vous essayez de vous placer sur le terrain scientifique et vous dites : « Il y a des études, par centaines, par milliers même sur l’homéopathie, et quasiment aucune ne trouve un effet au-delà de l’effet placebo pour l’homéopathie », c’est un fait expérimental. Alors il y a quelques études qui annoncent un résultat positif, là il faut peut-être appelé un des principes qu’on est obligé de prendre en compte quand on étudie toutes ces sciences un peu molles où on doit utiliser des statistiques. En médecine, en psychologie, on utilise des statistiques avec un risque contrôlé qui est en général fixé à 5%, ce qui veut dire que si l’homéopathie n’a aucun effet et que vous faites un test, vous avez 1 chance sur 20 (5%) de trouver un effet, ce sera un faux positif. Et donc pour éviter de se tromper, ce qu’on dit toujours en science, et ça c’est répété régulièrement, en tout cas c’est le cas dans les cursus de psychologie : une expérience isolée ne vaut pas grand-chose. Il faut beaucoup d’expériences, et s’il y a beaucoup comme pour l’homéopathie pour laquelle vous avez des milliers d’expériences, il est normal qu’une partie des expériences trouve un résultat significatif et laisse penser que l’homéopathie a un effet. La grande question c’est de savoir s’il y en a plus que 5%, si la moitié des expériences conclue que l’homéopathie a un effet, ça veut probablement dire que l’homéopathie a un effet. Si vous avez moins de 5% des expériences qui concluent que l’homéopathie a un effet, ça s’explique parfaitement par les faux positifs qui devraient être de 5% si l’homéopathie n’a aucun effet, qui est l’hypothèse nulle. Tout ça pour dire que parmi toutes les études sur l’homéopathie, il y en a quelques unes qui disent qu’il y a un effet, mais elles ne sont pas suffisamment nombreuses pour remettre en cause le tableau général qui est quand même qu’il y a un consensus scientifique très fort en faveur de cette idée que l’homéopathie n’a aucun effet au-delà du placebo.

Eh bien, quand vous discutez avec des tenants de l’homéopathie, très souvent vous avancez ces arguments et on vous répond que la méthode scientifique n’est pas valable, en l’occurrence pour l’homéopathie. Pourquoi ? Parce que les médecins sont achetés par les laboratoires pharmaceutiques sauf ceux qui font de l’homéopathie bien évidemment. Parce que la science n’a pas arrêté de se tromper par le passé… Alors tout ça c’est vrai. Il faut bien faire la différence, l’argument qui serait faux est : la science a toujours raison ; elle n’a évidemment pas toujours raison, et l’argument qui en revanche est défendu normalement par les rationalistes qui est : parmi toutes les manières de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux, la science est quand même de loin la meilleure manière. Et donc pour savoir, par exemple, si l’homéopathie fonctionne, je peux me fier à mon intuition, je peux demander à ma concierge ou alors je peux regarder les documents scientifiques. Parmi toutes ces méthodes la plus fiable c’est certainement d’aller regarder les documents scientifiques. Donc on n’a jamais de preuve absolue de quoi que ce soit, mais chercher les opinions et les consensus scientifiques, c’est de très loin la meilleure méthode.

Alors là-dessus on est tous d’accord, là je n’ai choqué personne parmi nos amis rationalistes, zététiciens, mais que ce passe-t-il quand maintenant vous discutez avec un rationaliste, un zététicien et que vous lui annoncez des résultats scientifiques qui au lieu d’aller dans le sens de ses opinions comme pour l’homéopathie ou le paranormal, vous lui annoncez au contraire quelque chose qui choque ses opinions, ses idées politiques, ses idéaux de société ? Eh bien c’est ce qu’il s’est passé pour moi, intérieurement puis après quand j’ai discuté avec des zététiciens, quand j’ai commencé a regarder la littérature scientifique concernant les différences hommes / femmes, avec en tête cette idée, cette question : Est-ce que l’hypothèse selon laquelle il n’y a aucune différence psychologique ou cérébrale entre hommes et femmes ou alors, hypothèse un peu plus faible : Toutes les différences qu’on pourrait observer concernant la psychologie ou le cerveau entre hommes et femmes s’expliquent par des effets culturels ou sociaux ? Est-ce que cette hypothèse est validée scientifiquement ? On n’en sait rien ? Ou est-elle réfutée par la science ?

Voilà une question que je me suis posée, et j’ai eu des surprises parce que comme beaucoup de gens de notre milieu, zététiciens, rationalistes, etc., j’avais quand même dans l’idée, ou cet espoir que le monde était bien fait. C’est l’illusion de la justice qui a été étudiée par les psychologues sociaux, que le monde était bien fait et qu’il ne devait pas y avoir de différence entre hommes et femmes concernant le cerveau ou la psychologie. D’ailleurs les résultats de la psychologie sociale montrent bien qu’il y a beaucoup d’effets culturels, sociaux, il y a de la discrimination à bien des égards contre les femmes, ça c’est bien établi, il est aussi établi que cette discrimination, ces idées, ces stéréotypes peuvent influencer beaucoup de choses y compris le cerveau lui-même puisqu’on a cette plasticité cérébrale qui fait que le cerveau est sensible à ce que l’on fait, ce que l’on entend, ce que l’on pense, etc…

Alors ce que j’ai pu malheureusement observer en discutant avec des gens qui se disent rationalistes, sceptiques, mais sceptiques pas au sens d’un scepticisme universel qui consiste à tout remettre en doute, c’est bien souvent parce que les gens que je fréquente ont un peu les mêmes idéaux d’égalité, c’est le rejet de tout résultat scientifique qui irait contre cette idée qu’il n’y a aucune différence entre hommes et femmes ou que tout s’explique en tout cas par la culture et les discriminations. Et même je dois dire qu’il a été bien souvent quasiment impossible de discuter vraiment du fond du problème et d’en faire un problème scientifique parce que la question d’une différence moyenne entre hommes et femmes et évidemment une question scientifique, mais c’est très difficile même d’aborder simplement la question d’un point de vue scientifique parce que les gens se hérissent tellement assez souvent quand on aborde des questions aussi gênantes, aussi embêtantes que finalement le débat est très vite dévié. Donc j’adresse très simplement cette question, et très rapidement quand j’essayais de discuter de ça, le débat était dévié sur des questions politiques, et donc au lieu de réfléchir comme un scientifique (savoir ce qui est vrai, ce qui est faux), eh bien très vite on m’a sommé d’expliquer pourquoi je m’intéressais à cette question en trouvant ça très louche, ce qui est complètement hors de propos, on peut penser que c’est une question inintéressante, ne pas s’y intéresser, dans ce cas, si c’est votre cas vous pouvez tout de suite raccrocher votre balado et revenir à vos occupations normales, c’est tout à fait légitime bien entendu de ne pas s’intéresser à la question. Mais si on s’y intéresse, il est normal de s’y intéresser d’un point de vue scientifique.

Autre chose qu’on m’a souvent dit c’est que la science est fausse là-dessus, fausse sur cette question parce que de toute manière on est imbibés de stéréotypes, de préjugés, etc., y compris les scientifiques. C’est tout à fait vrai, évidemment les scientifiques vont trouver ce qui les arrangent, et que dans les cas, s’il y en a – on verra plus loin qu’il y en a mais ce n’est évidemment pas toujours le cas – où les scientifiques se mettent d’accord pour trouver une différence entre hommes et femmes, c’est en fait simplement le reflet des stéréotypes qu’ils ont en tête, d’une vision sexiste du monde, qui existe effectivement. Ça c’est l’une des deux critiques qu’on fait régulièrement aux croyants, nous autres rationalistes. Alors je voudrais bien quand même qu’on se rende compte de ça. Si vous pensez que certains des résultats dont on va parler tout à l’heure, en neurosciences, en psychologie, ceux qui trouvent une différence sont forcément faux et ne sont que le reflet des préjugés des chercheurs, dans ce cas quel crédit peut-on accorder à des étude:

- qui concluent que l’homéopathie ne fonctionne pas alors que là aussi on a un préjugé fort des chercheurs contre l’homéopathie ?
- qui concluent que les ovnis ne viennent pas de l’espace alors que là aussi on a un préjugé très fort en faveur de l’idée que ça ne vient pas de l’espace ?

Si on remet en cause tous les résultats qui trouveraient une différence entre hommes et femmes avec cette idée que c’est forcément le reflet des stéréotypes et d’une idéologie, dans ce cas on ne peut pas, en même temps, rejeter les contre arguments de ceux qui nous disent : « L’homéopathie ça marche et je ne crois pas en la science », « Les ovnis ça vient de l’espace et je ne crois pas en la science », « Le paranormal ça existe et je ne crois pas en la science », parce qu’on fait la même chose sur les différences hommes / femmes.
Je vais vous détailler un peu la manière dont j’ai procédé pour chercher la vérité sur cette question, mais il me reste encore quelques petites choses à préciser avant ça. C’est une introduction un petit peu longue, mais qui servira pour plusieurs épisodes, vous allez voir.

Alors d’abord il faut préciser que, comme le disent un certain nombre d’auteurs, il existe des neuromythes. Alors par exemple on a pu lire dans la presse grand public que les femmes étaient tellement bavardes qu’elles prononçaient 4 fois plus de mots que les hommes chaque jour. C’est complètement faux, il y a eu des études scientifiques là-dessus, tout à fait sérieuses, c’est un peu anecdotique, mais dans une des études les mieux faite on avait mis autour du cou d’un échantillon d’hommes et de femmes un enregistreur et on a compté le nombre de mots prononcés pendant une semaine par ces hommes et ces femmes. On a trouvé un tout petit peu plus de mots prononcés par les femmes que les hommes, ce qui évidemment peut être totalement culturel mais rien à voir avec le rapport prétendu de 1 sur 4, c’était de l’ordre de quelques pourcents maximum. Donc une différence minimale, rien à voir avec ce neuromythe.

Il y a eu aussi beaucoup d’erreurs de faites, on en reparlera dans un prochain épisode du balado, sur l’épaisseur de corps calleux, sur la localisation des aires du langage, etc. Effectivement il y a eu beaucoup de mythes, en général qui ne viennent pas de la science, mais qui viennent plutôt de ceux qui relaient la science en la simplifiant, neuromythes contre lesquels un certain nombre de personnes s’élèvent et viennent essayer de remettre les pendules à l’heure. C’est le cas de Catherine Vidal qui est neuropsychologue, que vous connaissez sans doute, et qui a rôdé une conférence qu’elle a faite un peu partout et sur laquelle je vais me baser dans la suite des épisodes qui vont parler de ça parce que sa conférence est bien foutue et que Catherine Vidal a fini par identifier quelques arguments clés, j’en ai compté 7, peut-être 8.. Donc on a raison de lutter contre ces neuromythes, il y a des gens qui s’en occupent et c’est très bien.

Maintenant la question que je me pose est la suivante : Est-ce qu’on est pas en train de remplacer ces neuromythes par des sociauxmythes? Ce que j’appelle un sociauxmythe c’est cette hypothèse que toute différence qu’on peut observer entre hommes et femmes, qu’elle soit cérébrale ou psychologie s’explique par des effets culturels, sociaux et la discrimination. Alors je précise ici tout de suite quelque chose qui n’est absolument pas mise en doute par les scientifiques, c’est l’existence de discriminations, de stéréotypes, du sexisme et le fait expérimentalement prouvé à de nombreuses occasions que ces stéréotypes peuvent avoir une influence sur la psychologie, les compétences, et y compris le cerveau parce qu’il est très plastique et que selon ce qu’on fait, ce qu’on vit, on va avoir des différences cérébrales tout à fait visibles. On en reparlera, là aussi dans un autre épisode.

Voilà, la question qu’il faut garder à l’esprit pendant cet épisode et les suivants qui parleront du même thème est la suivante : On sait qu’il y a des effets culturels, que la discrimination contre les femmes, ou dans certains secteurs, contre les hommes (parce que ça arrive aussi même si c’est beaucoup plus rare), peut avoir des effets sur ce qu’on est, sur la manière dont on pense, et même sur notre cerveau, ça c’est sûr, mais est-ce que toutes les différences qu’on peut observer s’expliquent par ces effets culturels ? Et donc est-ce qu’on peut tenir l’hypothèse d’une sorte, pas de page vierge, mais de cerveaux absolument identiques et de psychologie absolument identiques à la naissance qui sont ensuite orientés en fonction du sexe par le milieu, par l’environnement, et que du coup des différences apparaissent qui n’étaient pas là de manière innée ? Est-ce que cette hypothèse est crédible ou pas ? C’est la question qu’aborde régulièrement Catherine Vidal dans cette conférence qui est bien faite et sur laquelle on va se baser, et c’est aussi la question qu’on va se poser pendant quelques épisodes du balado.

Je vais clôturer cette introduction un peu longue mais je crois nécessaire par quelques mises en garde également sur tout ce que je vais vous raconter par la suite. Il faut garder un certain nombre de choses à l’esprit :

La première, c’est que lorsqu’on étudie des différences entre des groupes, que ce soit hommes / femmes ou un groupe contrôle et celui qui a pris le produit homéopathique, en médecine, à chaque fois qu’on fait des expériences de ce type avec des échantillons et qu’on veut comparer deux échantillons, deux groupes, ce qu’on étudie ce sont les différences moyennes, et quand on trouve une différence moyenne ça ne veut pas dire que les groupes sont complètement séparés. Je vais préciser un petit peu les choses avec un exemple très simple : dans le monde, les hommes sont en moyenne plus grand que les femmes, ça c’est un résultat tout à fait robuste, qui ne fait aucun doute. Au même âge, en moyenne, les hommes sont un tout petit peu plus grand que les femmes. Mais c’est en moyenne, ça ne veut absolument pas dire que si vous tirez un homme et une femme au hasard vous allez trouver l’homme plus grand que la femme, vous pouvez très bien avoir le contraire, il y a des femmes très grandes, des hommes très petits, il n’y a pas de contradiction là-dedans. Donc quand on parle de différences hommes / femmes, on parle différences moyennes, on ne parle pas de différences qui sépareraient les deux groupes de manière très nette. Si vous regardez les courbes qui correspondent à la taille, vous avez pour les hommes comme pour les femmes une sorte de courbe en cloche qu’on appelle la fameuse loi normale, eh bien ce qu’on observe c’est que ces deux courbes sont légèrement décalées. Alors pour la taille c’est pas mal décalé parce que la différence est assez nette, importante, pour beaucoup d’autres choses où on trouve des différences entre hommes et femmes, les courbes sont très légèrement décalés, et alors quand vous les regardez vous dites : « Finalement la différence est complètement négligeable », et effectivement la plupart du temps les différences moyennes qu’on retrouve sont très faibles. C’est un argument qui a été avancé pour dire que toutes les différences qu’on peut trouver n’ont donc aucun sens. Il faut garder à l’esprit qu’en psychologie lorsqu’on trouve des différences entre des groupes, par exemple vous prenez un groupe de gens qui sont très croyants au paranormal et un groupe de gens qui sont très peu croyants au paranormal et vous testez leurs compétences en probabilité, vous vous apercevez que les plus croyants sont moins bons en probabilités. C’est une expérience qui a été faite plusieurs fois, mais là encore les différences sont très faibles, exactement comme pour les différences qu’on retrouve entre hommes et femmes sur la plupart des compétences pour lesquelles on trouve une différence. Parfois on ne trouve aucune différence, quand on en trouve elles sont souvent très faibles. C’est pour dire qu’effectivement les différences sont toujours ou presque toujours très faibles, mais ça ne remet pas en cause le résultat, elles peuvent être très faibles mais sûres d’une part, et d’autre part, trouver des différences très faibles c’est la norme en psychologie.

Alors gardez ça à l’esprit, à chaque fois que je vous annonce une différence, il ne s’agit pas de simplifier en disant : « Les hommes sont tous plus grand que toutes les femmes », c’est faux, mais ce qui est vrai c’est qu’en moyenne les hommes sont plus grands que les femmes. Ici c’est un effet relativement fort, alors que la plupart du temps on a des effets faibles comme c’est la norme en psychologie. En psychologie il y a beaucoup de variations et les effets sont très faibles. Alors du coup on pourrait dire : « Puisque les effets sont faibles ça n’a aucune importance, ce n’est pas la peine de faire toute une théorie là-dessus », alors ce n’est pas tout à fait vrai, je vais vous expliquer rapidement pourquoi. J’avais fait un billet sur mon blog là-dessus, donc si vous l’avez vu, c’est mieux car il y a des graphiques. On va prendre un exemple : on imagine un domaine, les tâches de rotation mentale, vous avez des figures dessinées en perspective et vous devez imaginer ce que ça ferait si on les faisait tourner, un peu comme Tétris. A ce genre de tâche les hommes sont en moyenne meilleurs que les femmes, c’est un des résultats les mieux établis, il y a d’autres domaines où c’est l’inverse, par exemple pour les compétences verbales, mais là encore on en parlera dans un prochain épisode. Donc en moyenne les hommes réussissent mieux, la distribution des scores est représentée par 2 courbes en cloche légèrement décalées avec les valeurs pour les hommes qui sont un petit peu au dessus des valeurs pour les femmes, en moyenne, mais évidemment avec beaucoup de recouvrements, etc…Donc finalement le résultat, même s’il est considéré comme assez fort en psychologie, quand on regarde les courbes ce n’est pas spectaculaire, il n’y a pas une énorme différence entre les hommes et les femmes, les courbes se chevauchent très largement. Et pourtant ça fait une énorme différence, pourquoi ? Parce que vu la forme de la distribution, si vous sélectionnez dans une telle distribution (alors qu’il y a un tout petit décalage) les 1 ou 2% les plus élevés, donc les plus grandes valeurs, vous obtenez un ration en faveur des hommes absolument spectaculaire. Si vous prenez les 0,01% les plus élevés vous obtenez aussi un ratio tout à fait spectaculaire. Autrement dit, un tout petit décalage moyen peut, lorsqu’on sélectionne les plus grandes valeurs, se traduire par un grand décalage avec une grande surreprésentation des hommes ou des femmes. C’est l’explication qu’on donne à certains phénomènes tout à fait étranges comme la surreprésentation absolument délirante des hommes par rapport aux femmes parmi les meurtriers. Dans tous les pays du monde il y a à peu près 90% d’hommes parmi les meurtriers, il y a aussi 90% d’hommes d’ailleurs parmi les victimes. Comment expliquer ça ? Dans le temps peut-être qu’on pouvait expliquer ça avec le fait que les gens se tuaient davantage à la main avec la force musculaire mais maintenant c’est beaucoup moins le cas. Comment expliquer que presque tous les meurtriers soient des hommes ? Eh bien une des explication c’est que peut-être sur un continuum d’agressivité les hommes sont en moyenne un peu plus agressif que les femmes. Evidemment si on teste ça, ça a d’ailleurs été rapporté, on a trouvé effectivement que dans l’agressivité rapportée en tout cas (c’est de l’auto perception), les hommes donnaient des scores un peu plus élevés que les femmes (là encore ce n’est pas très spectaculaire, on a deux courbes qui se regroupent très largement) , mais si on suppose que pour commettre un meurtre il faut se trouver très en haut de cette distribution, c'est-à-dire avoir une agressivité très supérieure à la moyenne, eh bien dans ce cas ça explique, alors que le décalage est tout petit, pourquoi 90% des meurtriers sont des hommes. Voilà, alors de tout petits effets peuvent avoir (parce qu’on est amené parfois à sélectionner seulement les plus grandes valeurs ou seulement les plus faibles) des conséquences tout à fait visibles et spectaculaires. C’est le même type d’explications que donnent certains psychologues pour comprendre pourquoi il y a 4 fois plus de garçons que de filles parmi les autistes, pourquoi il y a 2 fois plus d’hommes que de femmes parmi les personnes ayant un retard mental, parmi les dyslexiques. Il y a tout un tas de pathologies qu’on peut comprendre comme des valeurs extrêmes pour des grandeurs continues où les hommes sont très largement surreprésentés, et il y en a quelques uns comme le trouble anxieux où les femmes sont surreprésentées, et tout ça peut s’expliquer par des décalages tout à fait minimes et des effets très faibles sur des courbes continues.

Voilà, maintenant que cette introduction est enfin terminée, nous allons pouvoir attaquer le vif du sujet. Alors je vous l’ai annoncé, la question des différences hommes / femmes, que ce soit psychologique ou cérébral, c’est quelque chose de beaucoup trop vaste, les publications scientifiques sur la question se comptent en centaines de milliers, probablement plusieurs dizaines de milliers par an, et on va se concentrer sur les 7 ou 8 arguments avancés par Catherine Vidal dans sa conférence. Je vais vous passer des extraits de sa conférence, (aujourd’hui ce sera son premier argument) pour les regarder un par un. L’idée que défend Catherine Vidal, comme elle est neuropsychologue, elle parle plutôt du cerveau, c’est qu’en réalité il n’y a aucune différence entre le cerveau masculin et le cerveau féminin, tout ça sont des neuromythes et ceux qui prétendent le contraire ont tort. Donc on va écouter ses arguments un par un et ensuite je vous explique comment j’ai procédé pour les passer à la moulinette de la rationalité.

Catherine Vidal : Le cerveau a-t-il un sexe ? C’est une question bien évidemment fondamentale que tout un chacun se pose. Donc première idée reçue :
Les femmes ont un cerveau plus petit que les hommes, donc elles seraient moins intelligentes.
Donc cette idée vient du 19ème siècle à la grande époque de la craniométrie quand les médecins s’intéressaient à chercher des liens entre la taille du crâne, le poids du cerveau et l’intelligence. Il faut bien dire que pour la plupart d’entre eux il était absolument évident et naturel que les hommes aient un cerveau plus gros que celui des femmes, les blancs plus gros que les noirs et les patrons plus gros que les ouvriers. Donc un grand défenseur de ces thèses est le médecin français Paul Broca qui a mesuré une différence de 150gr entre le poids moyen du cerveau des hommes et des femmes, 1kg350 pour les hommes et 1kg200 pour les femmes. Donc en 1861 Broca déclarait : « On s’est demandé si la petitesse du cerveau de la femme ne dépendait pas exclusivement de la petitesse de son corps, pourtant il ne faut pas perdre de vue que la femme est en moyenne un peu moins intelligente que l’homme » (Réactions dans la salle).
Alors, de toute façon cette question du lien entre taille du cerveau et intelligence ne se pose pas parce qu’en fait il n’y a aucun rapport entre les deux, et en fait on le sait grâce à un certain nombre d’hommes célèbres, pas de femmes, qui ont donné leur cerveau à la science, par exemple un personnage éminent comme Anatole France avant un cerveau qui pesait 1kg, Tourgueniev avait un cerveau de 2kg, quand à Einstein il avait un petit cerveau d’1kg250, c'est-à-dire du même ordre de grandeur que celui d’une femme.

Voilà, c’est de ça qu’on va discuter maintenant. Donc cet argumentaire qui n’est pas toujours rationnel, on va le débarrasser de plusieurs choses. D’abord il y a un côté moqueur quand elle donne la citation de Broca qui évidemment choque mais pour des raisons qui n’ont absolument rien de scientifique ; si quelqu’un dit : « Les femmes sont moins intelligentes que les hommes », c’est évidemment choquant, mais c’est choquant pour des raisons idéologiques et politiques, pas pour des raisons scientifiques. Mélanger les deux terrains comme ça ne paraît pas très constructif, donc on va oublier ça. On va oublier également son argument de fin, je pense que Catherine Vidal est tout à fait compétente, elle s’y connaît en science, je ne pense pas qu’elle accepterait dans une publication qu’on donne 3 exemples pour démontrer une loi générale, c’est évidemment n’importe quoi. Je précise juste un petit peu pourquoi ces histoires des cerveaux d’Anatole France, d’Einstein… Il y a plusieurs choses à noter, d’abord évidemment quelques exemples ne prouvent absolument rien. Vous pouvez trouver 2 ou 3 personnes qui ont pris de l’homéopathie et qui vont beaucoup mieux, d’autres qui ont pris des médicaments classiques et qui sont mortes, ça ne prouve absolument rien. D’ailleurs ça me fait penser à cette fameuse blague que vous connaissez peut-être, sur les fumeurs, celui qui dit :
« Moi cette histoire de tabac qui donnerait le cancer j’y crois absolument pas et je vais vous dire pourquoi. Parce que j’avais 2 oncles, il y en avait un qui fumait comme un sapeur pompier et en plus il buvait, il est mort à 98 ans alors que l’autre n’a jamais fumé, n’a jamais bu une goutte d’alcool, en fait il ne buvait que du lait et il est mort à 2 mois. Alors ça prouve bien quand même que le tabac c’est pas dangereux ».
C’est une petite blague pour illustrer le fait que ces quelques exemples à la fin ça peut être frappant mais ça n’a aucune valeur scientifique. Alors en plus de ça, rien ne prouve qu’Anatole France ou Einstein aient eu un QI très supérieur à la moyenne, il faut faire la distinction entre ce qu’on appelle l’intelligence (en général c’est le QI mais on va préciser un petit peu après) et puis la réussite scientifique. On peut très bien être un grand scientifique, réussir brillamment et avoir le prix Nobel avec un QI très inférieur à la moyenne, c’est rare, mais on n’a pas besoin d’avoir un QI très supérieur à la moyenne pour réussi très brillamment en science. Ça c’est une idée un peu exagérée, bien sûr il y a un lien entre les deux, avec un QI plus élevé on a plus de chances de réussir, mais par exemple les études sur les surdoués (ceux qui ont un QI dans les 3% les plus élevés des QI) montrent qu’en réalité ils ont assez peu de chances d’avoir le prix Nobel. La plupart des gens qui ont le prix Nobel, c'est-à-dire plus que ce qu’on pourrait attendre, ne sont pas surdoués, et à ma connaissance on n’a pas accès à un test d’intelligence d’Einstein ou d’Anatole France, donc on ne sait pas s’ils étaient intelligents ou pas au sens du QI. On peut faire des hypothèses mais tout ça reste de toute façon très spéculatif et quelques exemples ne prouvent rien de toute manière, donc laissons ça de côté.

Il nous reste des affirmations qui relèvent du champ de la science et donc qu’on peut étudier d’un point de vu et avec un œil scientifique, je vais vous expliquer comment j’ai procédé. Ces informations sont les suivantes :

La première affirmation est : « Les hommes ont un cerveau plus gros que les femmes ». Est-ce que c’est vrai ? Est-ce que ce n’est pas vrai ? C’est une question scientifique. Là, Catherine Vidal ne précise pas si c’est vrai ou pas, donc elle laisse entendre que peut-être c’est vrai.

La deuxième affirmation est (et là Catherine Vidal dit que l’idée est fausse) : « Il n’y a aucun lien entre la taille du cerveau et l’intelligence ». Là encore c’est une question scientifique puisqu’on peut mesurer les deux, l’intelligence du moins au sens du QI ou au sens du facteur G.

La troisième affirmation est : « Les hommes sont plus intelligents que les femmes en moyenne ». Est-ce que c’est vrai ? Est-ce que c’est faux ? Là encore c’est une question scientifique qui a été traitée, il y a des centaines d’articles là-dessus.

Donc voilà les 3 points qu’on va aborder, je vais vous détailler d’abord la méthode que je vais utiliser pour y répondre et ensuite je ferai une synthèse de ce que j’ai trouvé.

La méthode que j’ai utilisée a consisté à aller chercher sur un moteur de recherche scientifique, j’ai utilisé Google Scholar qui est un moteur assez libéral qui contient beaucoup d’articles. Comme il y a énormément de littérature sur ces questions j’ai été amené à préciser de manière assez drastique la recherche, et donc après avec effectué 2-3 essais pour avoir suffisamment d’articles, mais pas trop, j’ai trouvé la requête : "sex difference in brain size" que j’ai mis entre guillemets, ça veut dire que Google Scholar va chercher des article qui contiennent exactement cette expression. Avec cette expression exacte on obtient 67 réponses, ça veut dire qu’il y a 67 publications qui contiennent cette expression, ensuite j’ai enlevé les livres, bien qu’il s’agisse de livres scientifiques, les livres ne sont pas passés par un système de peer review, c'est-à-dire qu’en général quand on publie un livre scientifique on n’est pas relu par des experts extérieurs choisis par l’éditeur pour savoir si tout est correct. Et en général d’ailleurs les livres ne relatent pas d’expériences nouvelles. J’ai enlevé également les citations et les brevets pour ne garder que les articles scientifiques publiés dans des revues à comité de lecture. Donc on garde le meilleur, et avec ça il reste un peu plus d’une cinquantaine de publications contenant l’expression "sex difference in brain size".

Alors pour le premier point dont on va parler qui est de savoir si oui ou non il y a une différence moyenne en taille du cerveau les hommes et des femmes (différence moyenne encore une fois). Là on va aller assez vite parce que les résultats sont absolument consensuels, absolument pas remis en cause, il y a malgré tout des questions qui se posent, mais le résultat est connu depuis plus d’un siècle, et notamment les conclusions de Broca sont tout à fait justifiées. Quant on mesure le cerveau, que ce soit la taille du crâne qu’on peut mesurer de l’extérieur pour avoir une idée de la taille du cerveau ou quand on mesure le cerveau avec des méthodes d’IRM ou encore quand on mesure le cerveau de patients décédés on observe toujours la même chose : le cerveau des hommes est plus lourd et plus volumineux que celui des femmes, exactement dans les mêmes proportions annoncées par Catherine Vidal, c'est-à-dire en gros un cerveau masculin moyen fait 100gr de plus sur 1kg300, 1kg400, qu’un cerveau féminin moyen. C’est connu depuis au moins les années 1970, dans ce que j’ai trouvé il y a des choses qui datent de 1978, et par exemple un des premiers résultats remarquables, c’est en 1978, un article cité par Nopoulos, Flaum, O’Leary et Andreasen dans un article de 2000, et ils citent cet article de 1978 qui dit qu’il y aurait une différence moyenne de taille de cerveau entre garçons et filles dès la naissance, donc ce n’est pas quelque chose qui vient après, c’est dès la naissance qu’il y aurait des différences. Alors je vous renvoie à une liste affichée en bas de page, mais je n’ai trouvé aucune publication qui remette en cause cette idée que le cerveau masculin pèse en gros 100gr de plus que le cerveau féminin, toujours en moyenne. Il y a quelque chose d’intéressant qui a été soulevé par Broca dans la citation fustigée par Catherine Vidal qui est qu’une partie de la différence ou peut-être toute la différence de taille de cerveau pourrait peut-être s’expliquer par la différence de taille du corps puisqu’en moyenne les hommes sont plus grands que les femmes et qu’en moyenne plus on est grand plus on a un gros cerveau, ce serait peut-être une explication à cette différence constatée. Là encore il y a eu beaucoup de travaux d’effectués pour corriger par la taille, et on trouve encore une différence, alors une des publications est celle de Ankney en 1992 qui est publiée dans la très bonne revue Intelligence et qui montre qu’après correction pour la taille du corps, on trouve encore que le cerveau de l’homme fait à peu près 100gr de plus que celui de la femme. Alors ça c’est fait avec des méthodes statistiques pour estimer en gros ou contrôler la variable "taille" et voir ce qu’il se passerait si hommes et femmes avaient la même taille. Après il reste énormément de questions, par exemple de savoir si cette différence de taille est globale ou si elle ne concerne que certaines zones du cerveau qui sont de taille différence en moyenne chez les hommes et les femmes, et là-dessus apparemment il n’y a pas de consensus scientifique, ce que j’ai trouvé qui parle un petit peu de cette question mais sans vraiment y répondre, il y a une publication de Lenroot, Gogtay, Greenstein et associés publiée en 2007 dans Neuroimage, encore une très bonne revue qui explique que selon eux ce qui différencie surtout le cerveau des hommes et des femmes c’est la trajectoire développementale c'est-à-dire que le cerveau des filles grossirait moins longtemps que celui des femmes. Alors ça n’explique pas la différence qui avait été constatée en 1978 à la naissance, mais ils expliquent que la taille maximum du cerveau est atteinte à 10 ans chez les femmes et à 14 ans chez les hommes, mais ils précisent aussi qu’on n’a pas d’idée pour savoir si certaines zones sont plus grosses ou si c’est globalement le cerveau qui est identique mais plus gros. Il y a également une publication un peu plus ancienne de Rushton en 1992 dans la revue Intelligence qui trouve une différence dans la capacité du crâne qui correspond à peu près à ces histoires de 100gr et trouve 100cm3 de différence. Je cite cette étude-là bien qu’elle soit un petit peu ancienne parce qu’elle a porté sur plus de 6 000 personnes et donc c’est quand même un échantillon assez important. Les études sur des échantillons habituels en psychologie portent sur une centaine de personnes, là ça porte sur plusieurs milliers de personnes et on a dans toute la littérature (en tout cas que j’ai trouvée avec les mots clés que je vous ai donné) un consensus parfait sur le fait qu’il y a une différence, et de taille, entre le cerveau masculin et le cerveau féminin moyen, et un quasi consensus, qui n’est pas aussi évident, mais un consensus quand même sur le fait que la différence de taille du corps n’explique pas complètement la différence de taille du cerveau.

Alors, est-ce que ça voudrait dire que les femmes auraient moins de neurones en moyenne que les hommes ? Ce n’est pas si évident, ça pourrait paraître naturel de penser qu’avec un cerveau plus gros on a plus de neurones. Eh bien ce n’est pas si évident que ça, et là-dessus il n’y a absolument pas de consensus. J’ai trouvé 2 articles qui abordent cette question, un article de 1995 publié par Witelson, Glezer et Kigar dans The Journal of neuroscience qui montre qu’en tout cas dans certaines zones du cerveau la densité de neurones est plus importante en moyenne chez les femmes, ce qui pourrait compenser la taille plus faible du cerveau ; et un autre de Pakkenberg et Gundersen de 1997 dans Journal of Comparative Neurology qui conclue pour sa part que dans certaines zones du cerveau (ils ont uniquement regardé une partie du cortex) il y aurait plus de neurones en moyenne chez les hommes que chez les femmes, à peu près 10%, donc correspondant à la taille. Alors je pense que là c’est une question à laquelle la science n’a pas encore répondu, il n’y a pas de consensus apparemment et en tout cas j’ai trouvé très peu de publications sur ce sujet. Mais bon, là-dessus je pense que Catherine Vidal n’a pas prétendu qu’il n’y avait pas de différence de taille du cerveau entre hommes et femmes, il n’y a pas là-dessus vraiment de discussion à avoir, c’est un fait, c’est comme ça, il y a un consensus presque parfait du point de vue scientifique.

La deuxième question est plus problématique, celle réfutée par Catherine Vidal qui nous dit que cette histoire de taille du cerveau n’a de toute manière aucun sens puisqu’il n’y a aucun lien entre la taille du cerveau et l’intelligence. Alors là encore, regardons un peu ce que dit la littérature scientifique. Est-ce qu’il y a ou non un lien entre taille du cerveau et intelligence ?

Sur cette question je dois dire que j’ai trouvé Catherine Vidal relativement malhonnête parce que ce qu’elle annonce est faux, c'est-à-dire que non seulement on pense bien qu’il y a un lien mais en plus il y a des centaines et des centaines d’études et un véritable consensus scientifique pour dire qu’il a bien un lien, alors c’est un lien moyen, ce n’est pas un lien spectaculaire, mais il y a un lien bien avéré entre la taille du cerveau et l’intelligence, qu’elle soit mesurée de différentes manières (on va voir après la manière de mesurer l’intelligence), comme avec les tests standardisés de QI ou avec des choses plus élaborées pour essayer de déterminer ce qu’on appelle le facteur G (comme général), facteur général d’intelligence, on trouve un lien. Qu’on utilise comme indice de taille du cerveau, soit ce qu’on trouve avec une IRM (donc assez fiable), soit carrément la pesée (ça a été fait sur le cerveau de gens décédés), soit de la manière la plus simple avec la mesure de la taille du crâne, on retrouve toujours un lien entre l’intelligence et la taille du cerveau. Les discussions des scientifiques ne portent absolument pas sur ce lien mais sur la manière de l’interpréter parce qu’en réalité ce lien n’est pas valable pour toutes les épreuves des tests d’intelligence, il est plus marqué pour certaines que pour d’autres. On n’a jamais trouvé de lien négatif, c'est-à-dire que pour aucune épreuve on n’a un lien qui dit que plus le cerveau est gros moins on la réussit, mais il y a des variations, certaines tâches sont beaucoup plus liées à la taille du cerveau que d’autres. Donc ça, ça a été vérifié, vous avez 5 références (notes en bas de page) de publications scientifiques de revues à comité de lecture qui toutes vont dans le même sens, qu’il y a bien un lien, avec des nuances, certains disent qu’il y a bien un lien mais qu’en fait le lien n’est valable qu’à cause de certains items qui sont utilisés dans les tests de QI, parce qu’on utilise dans les tests de QI toute sorte de tests, d’épreuves, vous avez des épreuves visio-spatiales, des épreuves de langage… Certaines n’ont peut-être pas de lien avec la taille du cerveau, mais globalement quand on met tout ensemble, parce que certaines ont un lien avec la taille du cerveau, eh bien on trouve bien un lien.

On a montré que la taille du cerveau permet même de prédire les compétences cognitives à l’âge adulte, donc on peut savoir à l’avance l’intelligence au sens du QI qu’on va trouver. On a trouvé ce lien (comme je vous l’ai dit) chez des personnes vivantes et pour des personnes décédées pour lesquelles on avait eu l’autorisation et les résultats d’un test d’intelligence, on a pu vérifier, là, de manière très directe en pesant les cerveaux des personnes décédées, ça a été fait avec toutes sortes d’échantillons de tailles différentes (il y a plusieurs méta analyses) et on s’accorde (il n’y a pas d’articles qui remettent ça en cause), tous les scientifiques s’accordent pour dire maintenant que la taille du cerveau est liée à l’intelligence avec un coefficient de corrélation d’environ 0,3. Ce coefficient dépend de quel type de test de QI on utilise, mais en gros c’est 0,3. Pour donner un sens un petit peu plus précis, ce que l’on fait avec les coefficients de corrélation c’est qu’on les met au carré, donc ici 0,3 fait à peu près 10%, ce qui veut dire que les différences de taille du cerveau expliquent à peu près 10% des différences d’intelligence. Alors ça peut paraître très peu, c’est évidemment peu spectaculaire et ça ne veut pas dire que la taille du cerveau explique tout, mais 10% ce n’est pas considéré comme très faible en psychologie, c’est quelque chose de modeste mais pas de très faible, ce n’est pas un lien faramineux mais il n’est pas non plus négligeable. Pour le dire autrement et si on veut lui donner une valeur quantitative, on pourrait considérer que l’importance de la taille du cerveau dans la détermination de l’intelligence est 10%.

Voilà, donc contrairement à ce que prétend Catherine Vidal, et franchement j’ai du mal à penser que c’est une erreur de sa part parce que je pense qu’elle est assez compétente pour lire la littérature, surtout que la neuropsychologie est vraiment son domaine, mais contrairement à ce qu’elle annonce il y a un lien et il est parfaitement établi, entre la taille du cerveau et l’intelligence, un lien modeste mais pas négligeable, bien démontré et avec des expériences répétées par dizaines.

Maintenant la troisième question : Est-ce que de ça on peut déduire que le cerveau des hommes étant plus gros ils ont forcément un QI plus élevé en moyenne ? Eh bien non ! Ça paraîtrait tout à fait logique mais ça n’est pas le cas parce qu’on ne peut pas le déduire des deux résultats précédents. Pourquoi ? Parce que si par exemple vous imaginez une densité de neurones plus élevée chez les femmes que chez les hommes, on pourrait avoir le même nombre de neurones avec 100gr de cerveau en moins, d’accord ? Et on pourrait avoir un lien croissant chez les hommes entre la taille du cerveau et l’intelligence parce que plus le cerveau est gros chez les hommes plus ils ont de neurones, la même chose chez les femmes, ça ferait un lien donc entre la taille du cerveau et l’intelligence, mais pas de différence entre hommes et femmes puisqu’en fait avec un cerveau plus petit elles auraient le même nombre de neurones. Ça c’est tout à fait possible et c’est une question qui a été abordée par les scientifiques. Pour savoir si oui ou non – et c’est ma dernière question – si la conclusion de Broca qui est : « … donc les femmes ont une intelligence plus faible que les hommes », est juste, eh bien on ne peut pas se fier aux deux résultats précédents, ça ne prouve rien, donc il faut procéder autrement et de manière tout à fait directe. Eh bien ça aussi ça a été fait de nombreuses fois avec plusieurs méthodes, alors je vais quand même détailler parce qu’il faut mettre beaucoup de bémols là-dessus :

- Je vais détailler un peu comment ça a été fait,
- les différences qu’on peut observer,
- et les résultats qu’on a trouvé.

Mais tout cela, on le fera dans l’épisode suivant car je m’aperçoit que ça fait presque une heure que je vous parle et vous devez commencer à fatiguer, donc on garde ça en suspens pour le n°2.

D’ici-là, plein de bonnes choses pour 2014.
Sceptiquement vôtre ! Comme dirait Jean-Michel.

Notes :

Sur la différence de taille du cerveau.

Davison Ankney, C. (1992). Sex differences in relative brain size: The mismeasure of woman, too?. Intelligence, 16(3), 329-336. [après correction pour la taille du corps, le cerveau masculin fait 100g de plus environ]

Goldstein, J. M., Seidman, L. J., Horton, N. J., Makris, N., Kennedy, D. N., Caviness, V. S., … & Tsuang, M. T. (2001). Normal sexual dimorphism of the adult human brain assessed by in vivo magnetic resonance imaging. Cerebral Cortex, 11(6), 490-497.

Lenroot, R. K., Gogtay, N., Greenstein, D. K., Wells, E. M., Wallace, G. L., Clasen, L. S., … & Giedd, J. N. (2007). Sexual dimorphism of brain developmental trajectories during childhood and adolescence. Neuroimage, 36(4), 1065-1073.

Lynn, R. (1993). Further evidence for the existence of race and sex differences in cranial capacity. Social Behavior and Personality: an international journal, 21(2), 89-92.

Nopoulos, P., Flaum, M., O’Leary, D., & Andreasen, N. C. (2000). Sexual dimorphism in the human brain: evaluation of tissue volume, tissue composition and surface anatomy using magnetic resonance imaging. Psychiatry Research: Neuroimaging, 98(1), 1-13.

Rushton, J. P. (1992). Cranial capacity related to sex, rank, and race in a stratified random sample of 6,325 US military personnel. Intelligence, 16(3), 401-413.

Rushton, J. P. (1994). Sex and race differences in cranial capacity from International Labour Office data. Intelligence, 19(3), 281-294.

Sur le nombre de neurones: deux études divergentes

Pakkenberg, B., & Gundersen, H. J. G. (1997). Neocortical neuron number in humans: effect of sex and age. Journal of Comparative Neurology, 384(2), 312-320.

Witelson, S. F., Glezer, I. I., & Kigar, D. L. (1995). Women have greater density of neurons in posterior temporal cortex. The Journal of neuroscience, 15(5), 3418-3428.

Sur le lien entre taille du cerveau et intelligence dans la population générale

Burgaleta, M., Head, K., Álvarez-Linera, J., Martínez, K., Escorial, S., Haier, R., & Colom, R. (2012). Sex differences in brain volume are related to specific skills, not to general intelligence. Intelligence, 40(1), 60-68. [des précisions sur ce qui est lié à la taille du cerveau: pas le facteur g, mais des compétences particulières.]

Gur, R. C., Turetsky, B. I., Matsui, M., Yan, M., Bilker, W., Hughett, P., & Gur, R. E. (1999). Sex differences in brain gray and white matter in healthy young adults: correlations with cognitive performance. The Journal of Neuroscience,19(10), 4065-4072.

Royle, N. A., Booth, T., Valdés Hernández, M. C., Penke, L., Murray, C., Gow, A. J., … & Wardlaw, J. M. (2013). Estimated maximal and current brain volume predict cognitive ability in old age. Neurobiology of aging, 34(12), 2726-2733.

Rushton, J. P., & Ankney, C. D. (2009). Whole brain size and general mental ability: a review. International Journal of Neuroscience, 119(5), 692-732. [Méta analyse]

Wickett, J. C., Vernon, P. A., & Lee, D. H. (1994). In vivo brain size, head perimeter, and intelligence in a sample of healthy adult females. Personality and Individual differences, 16(6), 831-838.

Willerman, L., Schultz, R., Neal Rutledge, J., & Bigler, E. D. (1991). In vivo brain size and intelligence. Intelligence, 15(2), 223-228.

Witelson, S. F., Beresh, H., & Kigar, D. L. (2006). Intelligence and brain size in 100 postmortem brains: sex, lateralization and age factors. Brain, 129(2), 386-398.